Ma petite fille…
Ma petite fille…
Chez nous,
on ne dit pas :
« Je t’aime. »
Chez nous,
on ne s’embrasse
que les jours de fête.
Et l’on craint le mot amour,
comme s’il était un péché
venu d’un pays lointain.
L’amour, chez nous… ma petite fille…
n’a jamais gagné.
L’amour, chez nous… ma petite fille…
n’est pas permis.
Il offense la pudeur,
l’honneur,
jusqu’à nos prières.
Ma petite fille…
J’ai quitté mon pays…
pour une terre
où l’amour marche dans les rues,
où les mains s’entrelacent
sans peur…
sans demander la permission.
Et pourtant…
c’est avec toi
que j’ai appris
à aimer.
Ma petite fille…
Tu fus
le plus beau cri de ma vie,
la plus douce des mains
à serrer la mienne.
Tu étais
la fleur de chacun de mes jours,
mon plus bel amour.
Chaque matin,
je préparais
ton chocolat chaud,
puis j’attendais
ton retour de l’école.
Et j’étais fier
de dire à tout le monde
que j’étais…
ton cuisinier préféré.
Et pourtant…
c’est avec toi
que j’ai appris
à aimer.
Ma petite fille…
Quand je priais,
mon dos
devenait ton cheval.
Dans la voiture,
nous chantions
à tue-tête :
« Ne me quitte pas »,
sans savoir
que le temps,
lui,
nous quitterait.
Chaque soir,
je te coupais
une mangue,
et le bonheur
habitait tes yeux.
J’applaudissais
comme un fou
à la fin de chacun de tes spectacles,
et je criais :
« C’est ma fille ! »
« C’est ma fille ! »
Ma petite fille…
c’est avec toi
que j’ai appris
à aimer.
Mais tu as grandi…
sans que le temps
prenne la peine
de me prévenir.
J’ai ouvert les yeux,
un matin…
et tu avais
vingt ans.
Et moi…
je cherchais encore
En vain
ta petite main
Aujourd’hui,
mon téléphone
t’attend.
Il attend
SALAM DAD
chaque jour,
chaque nuit,
à chaque clair de lune.
Ma petite fille…
Je ne suis plus
le premier homme
de ton cœur.
Un autre amour
M’a remplacé
Peut-être
Même il va m’effacer
Mais il ne saura jamais…
comment te couper une mangue
au cœur de la nuit.
Ma petite fille…
C’est avec toi…
que j’ai appris
à aimer.